28/05/2009

Martin Winckler, l’écriture et les séries TV

De l'influence des séries TV sur l'écriture


Martin Winckler, auteur de La Maladie de Sachs.


"Le premier roman est construit selon la structure d’une première saison d’une série du câble type Sopranos ou Mad Men. Le second raconte la « deuxième saison » à travers le regard de ses spectateurs (un couple qui a vu la première, un ami qui découvre la 2e avec eux et leur demande de le « mettre au parfum ») et le troisième (à paraître en juin) raconte la troisième saison de la série à travers son écriture par deux scénaristes."


Des séries TV à l'écriture



"Je peux (et j’essaie de le faire) tirer des leçons des séries et de ce qu’elles arrivent à produire chez moi, spectateur, par la liberté d’utilisation des formes, des tons, des genres et le type de relation qu’elle entretient avec le spectateur – et travailler à produire le même genre d’effet chez le lecteur. Ainsi, je n’ai pas peur d’écrire sans toujours savoir où je vais mais en laissant les personnages « devenir » ce que je n’avais pas prévu ; d’alterner scènes réalistes, scènes de comédie romantique ou scènes fantastiques dans le même chapitre ; de semer des phrases, par-ci par-là, qui annoncent (sans le dire) ce qui va suivre ; de faire appel à la mémoire du lecteur pour se souvenir (ou non) de ce qui a été dit longtemps auparavant ; d’intégrer le monde alentour (politique, culturel, symbolique) dans les propos des personnages ; de faire ouvertement appel à la complicité du lecteur (comme beaucoup de séries le font) pour « huiler les rouages » de la narration. Ce que les séries m’ont appris de plus important, au fond, c’est que je peux faire confiance au lecteur et qu’il est un partenaire actif dans le fonctionnement du livre, malgré les aléas de l’écriture."
Extraits d’un article paru dans Télérama.fr en mai 2009, écrit par l’auteur.

15/04/2009

❘ Stand by me ❘

Playing For Change : Song Around the World "Stand By Me"



12/04/2009

Éric Chevillard - Quand le hérisson déboule…

L'ÉCRITURE COMME ELLE VIENT


J’aimerais vous interroger sur la façon dont vous concevez et composez vos livres : Ecrivez-vous à partir d’une phrase initiale, de laquelle la suite découlerait, ou bien pensez-vous vos livres davantage en terme de plan, les phrases venant « après » ?


éric chevillardLe plus souvent, c’est un engagement à corps perdu, droit devant dans l’espace infiniment ouvert du songe et de la spéculation, et l’envie d’en découdre là, sur ce terrain à moi propice, avec le principe de réalité. Un thème, une idée, une phrase, et c’est parti, il y a une logique à l’œuvre dans la langue, je vais la faire jouer pour moi contre les buts qu’elle sert ordinairement, profiter du rail lisse et bien huilé de ce tortillard pour lancer ma fusée. En revanche, à l’exception des Absences du capitaine Cook et de La Nébuleuse du Crabe (prolongée d’ailleurs dans Un Fantôme ), conçus ceux-là comme des livres possiblement infinis, il me semble que mes récits ne pourraient se poursuivre au-delà de leur terme, soudain c’est terminé, matière épuisée, figure achevée. Ils se construisent du coup comme rétrospectivement. Dans Préhistoire ou Démolir Nisard, le dénouement ordonne le récit, exactement selon les termes de Malraux : la mort change la vie en destin. Vrai aussi que le geste ne s’interrompt pas et que le livre suivant naît dans l’élan.


Florine Leplâtre / Douze questions à Eric Chevillard Inventaire/Invention

01/02/2009

Avec des choses comme ça

Tanguy Viel, Paris-Brest, Les éditions de minuit, 2009



"Alors dès que j’ai monté les sept étages parisiens jusqu’à cette chambre, dès que j’ai plongé les yeux par la fenêtre sur le jardin du Luxembourg, quand j’ai senti remonter en moi la sensation de l’eau froide dans mes chaussures, bien sûr je n’ai pas hésité, et j’ai signé le bail. C’est avec des choses comme ça qu’on écrit, ça et pas autre chose, ai-je encore pensé dans ce train qui me ramenait là, pour solde de tout compte, le 20 décembre 2000."

Paris-Brest, page 145.
Exemple de l’expérience de l’écriture comme elle vient. 

01/12/2008

Variations au féminin

L'ÉCRITURE COMME ELLE VIENT




Extrait d'une interview de l'auteur américain Jason Eric Miller




H.A. : Comment vous, l’écrivain, êtes parvenu à vous mettre dans la peau d’une femme et d’une meurtrière ?


J.E.M. : Les femmes me fascinent bien plus que les hommes et j’essaie d’appréhender en profondeur la psychologie des femmes que je connais, comment elles me voient, voient les hommes, leurs relations aux hommes. J’essaie surtout de comprendre comment le monde d’aujourd’hui leur parle, parle d’elles, les influence. Lorsque j’enseigne l‘écriture, j’insiste sur le personnage : ses compétence, ses qualités, ses actes, ses gestes. Je relie beaucoup ça à la méthode Stanislavski (« La formation de l’acteur », ndlr). Dans chaque personnage il y a une myriade de variations, qui décrivent tout ce qui compose précisément un individu, comment il a avancé dans la vie, nous et donnent des informations sur la construction et la crédibilité de notre personnage. C’est par ces variations, ces stades, que le lecteur découvre qui est ma narratrice [1] : meurtre de son amant, mort de son fils auparavant, mort des grands-parents, son corps, etc. Un personnage correctement construit n’est jamais extérieur à l’auteur. Il en est une version plus « nourrie ».


Propos recueillis par Hubert Artus pour Rue 89 le 11/09/2008.


03/11/2008

Ken Follett, le Gallois

L'ÉCRITURE COMME ELLE VIENT
Je ne me prends pas pour Dickens




Ken Follett boit une gorgée d’eau minérale avant d’expliquer sa méthode de travail.


« D’abord, je réalise un plan très détaillé, un résumé d’une cinquantaine de pages, avec la présentation de tous les personnages. Cela me prend une année. Durant cette période, je me documente. J’ai travaillé avec trois historiens pour mon dernier ouvrage. Puis je fais lire à mon agent, Al Zuckerman, à ma femme, Barbara, et à mes enfants ce résumé que je modifie autant qu’il le faut. Puis je consacre une année à rédiger un premier jet, et encore douze autres mois pour peaufiner l’ensemble. Les changements ne sont pas forcément très importants, il s’agit de rendre le récit plus cohérent, plus logique et plus touchant. J’affine au maximum les personnages, je les rends un peu plus complexes. Je précise que s’il s’agit d’un livre de 400 pages seulement, la rédaction ne me prend qu’une année. »




Extrait de l’article Les cathédrales de papier de Mr Follett de Blaise de Chabalier dans Le Figaro du 09/10/2008.